Ce que révèle le baromètre 2025… et ce qu’il appelle à transformer
42 % des agents territoriaux se sentent épuisés plus d’une fois par semaine.
65 % pensent à leur travail le soir ou le week-end.
39 % estiment que l’absentéisme impacte fortement leur activité.
Ces chiffres ne relèvent ni de situations isolées, ni de fragilités individuelles.
Ils sont issus du Baromètre national 2025 de la santé mentale des agents de la fonction publique territoriale (Moodwork), réalisé auprès de plus de 6100 agents, et décrivent une réalité désormais largement partagée sur le terrain
La question n’est donc plus: faut-il agir ?
Mais bien: comment agir durablement, sans ajouter de la pression à des organisations déjà sous tension ?
Épuisement professionnel et santé mentale au travail dans la fonction publique
Le baromètre met en évidence un risque élevé d’épuisement professionnel :
- 42 % des agents se sentent épuisés à cause de leur travail plus d’une fois par semaine
- 46 % estiment avoir une charge de travail trop élevée de manière régulière
- 42 % se déclarent irrités fréquemment par leur activité professionnelle
Ces données traduisent un phénomène d’usure progressive, lié à la durée, à l’intensité et à la complexité croissante des missions.
L’épuisement n’apparaît plus comme un accident ponctuel, mais comme la conséquence d’un déséquilibre organisationnel installé.
Quand le travail déborde durablement sur la vie personnelle
Autre enseignement majeur : la porosité entre vie professionnelle et vie personnelle.
- 65 % des agents pensent à leur travail le soir ou le week-end
- 39 % travaillent régulièrement en dehors des horaires attendus
Ce débordement constant empêche la récupération, fragilise l’équilibre émotionnel et entretient une activation prolongée du stress. À moyen terme, il constitue un facteur de risque important pour la santé mentale comme pour la qualité du service rendu.
Absentéisme dans la fonction publique territoriale : un révélateur des RPS
Le baromètre met également en lumière une réalité bien connue des collectivités :
39 % des agents déclarent que l’absentéisme impacte moyennement à fortement leur travail.
Ce chiffre rappelle un point essentiel :
l’absentéisme n’est pas un problème isolé, ni uniquement une question de gestion des effectifs.
Il constitue souvent le symptôme visible de déséquilibres plus profonds :
- surcharge chronique,
- fatigue émotionnelle,
- tensions relationnelles,
- manque de reconnaissance,
- perte de marges de manœuvre dans l’organisation du travail.
Agir uniquement sur les conséquences (réorganisations en urgence, reports de charge, pression accrue sur les équipes présentes) revient à traiter le signal sans traiter la cause.
La prévention de l’absentéisme passe donc nécessairement par un travail en amont sur la santé mentale, les conditions de travail et les dynamiques collectives.
Un paradoxe fort : du sens, mais un déficit de soutien
Le baromètre révèle pourtant un point d’appui essentiel :
75 % des agents déclarent que leur travail a du sens.
Ce chiffre souligne un engagement réel au service de l’intérêt général.
Mais il cohabite avec un déficit de reconnaissance et de soutien hiérarchique :
- 50 % des agents estiment recevoir rarement du soutien de leur hiérarchie
- 43 % déclarent recevoir rarement de la reconnaissance
Ce paradoxe est central : le sens du travail, aussi fort soit-il, ne suffit plus à compenser l’usure lorsqu’il n’est pas soutenu par des pratiques managériales adaptées et des espaces de régulation.
Prévention des risques psychosociaux (RPS) dans la fonction publique territoriale
Autre enseignement préoccupant du baromètre : la faible diffusion des actions de prévention des RPS.
- Seuls 31 % des agents déclarent avoir bénéficié d’une formation sur les risques psychosociaux
Cela signifie que de nombreux agents et encadrants sont confrontés à des situations de stress, de tensions ou de surcharge sans disposer de repères partagés ni d’outils concrets pour agir.
Or, les RPS ne se limitent pas à des situations extrêmes.
Ils s’installent progressivement, à travers :
- des contraintes organisationnelles durables,
- des relations de travail dégradées,
- une accumulation de micro-tensions non régulées.
Former et sensibiliser aux RPS, ce n’est pas dramatiser.
C’est donner un langage commun, des grilles de lecture et des leviers d’action pour prévenir l’usure avant qu’elle ne se transforme en absentéisme, en conflits ou en épuisement professionnel.
Passer de la sensibilisation à la capacité d’agir
Les enseignements du baromètre 2025 convergent vers un même besoin :
celui de dispositifs concrets, inscrits dans le quotidien des agents et des encadrants.
La prévention de la santé mentale ne peut plus se limiter à :
- des actions ponctuelles,
- des messages incitatifs,
- des injonctions à “prendre du recul” ;
- ni être dissociée des enjeux de Qualité de Vie au Travail (QVT) dans les collectivités territoriales.
Elle implique de travailler sur :
- la compréhension des mécanismes de stress,
- la régulation émotionnelle,
- la qualité du dialogue professionnel,
- le rôle des encadrants comme régulateurs du climat collectif.
C’est dans cet espace que la formation et l’accompagnement prennent tout leur sens : non pas pour “corriger” les individus, mais pour redonner des marges de manœuvre là où elles se sont progressivement réduites.
Agir à plusieurs niveaux pour une prévention durable
Les enseignements du baromètre montrent qu’une action efficace en matière de santé mentale et de prévention des RPS ne peut reposer sur un seul levier.
Elle suppose une approche articulée, agissant à la fois sur les agents, les encadrants et le fonctionnement collectif.
Auprès des agents, il s’agit de renforcer les capacités de régulation face au stress, de développer la résilience émotionnelle et de mieux repérer les signaux de surcharge, afin de préserver l’équilibre dans des contextes professionnels exigeants.
Auprès des encadrants, l’enjeu est de soutenir leur rôle de régulation : repérage des signaux faibles, pratiques de communication claires et non culpabilisantes, et création d’un climat de sécurité psychologique permettant l’expression des difficultés avant qu’elles ne s’installent.
Au niveau du collectif de travail, le travail porte sur la qualité des relations, les règles de communication et la coopération au quotidien, afin de limiter l’accumulation de tensions et de prévenir les situations de conflit ou d’usure.
C’est la combinaison de ces trois niveaux qui permet de prévenir durablement l’épuisement, de réduire l’absentéisme et de préserver l’engagement des agents comme la continuité du service public.
Former pour prévenir durablement
Former à la santé mentale et aux RPS, c’est permettre aux agents et aux managers de :
- identifier les signaux précoces de surcharge,
- comprendre leurs réactions face à la pression,
- renforcer la qualité des relations de travail,
- prévenir l’escalade vers les conflits, l’absentéisme et l’épuisement.
Le baromètre 2025 ne dresse pas seulement un état des lieux.
Il rappelle une évidence souvent sous-estimée : prendre soin de la santé mentale des agents, c’est aussi préserver la continuité et la qualité du service public.
Pour aller plus loin :
ARRC accompagne les collectivités dans la montée en compétence des agents et des encadrants sur les enjeux de santé mentale, de prévention des risques psychosociaux et de qualité de vie au travail, à travers des formations adaptées aux réalités du terrain.
A propos de l'auteur

Karine Torres Sanchez
Coach professionnelle et formatrice
Karine intervient autour des sujets liés à collaboration et la gestion du stress et des émotions (Prévention santé mentale, stress & conflits – Courage managérial – Management par la confiance – Communication bienveillante et collaborative – DiSC)